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Sensibiliser et former grâce à l’outil puissant du Théâtre Forum

Le théâtre forum : un outil puissant de sensibilisation

Le Théâtre Forum est un outil puissant de sensibilisation par le débat et l’expérimentation. C’est une méthode originaire du Brésil développée dans les années 70 par Augusto Boal, faisant partie du “théâtre de l’opprimé”.

Son objectif est de faire réfléchir les participants autour d’une problématique, en créant le dialogue, dans une atmosphère de bienveillance et de partage.

En se basant sur cette technique, nous avons développé notre propre méthodologie de ce théâtre interactif, se structurant en trois parties : le jeu d’une ou plusieurs saynète(s) sur-mesure(s) par des comédiens professionnels, suivi d’un débat autour de la problématique, puis d’une recherche et l’expérimentation de solutions par les participants.

1. Le jeu de saynètes sur-mesure

L’animation d’un Théâtre Forum débute par le jeu d’une ou deux saynètes par des comédiens professionnels devant les participants.

Ces saynètes ont pour intérêt de faire écho au vécu des participants, sans stigmatiser ni juger les personnages. Les répliques et le jeu des comédiens soulignent des situations conflictuelles ou difficiles, des pratiques abusives ou des comportements inappropriés sur une problématique. Cela permet la conscientisation sur différentes thématiques : sensibiliser aux handicaps invisibles, à la sécurité au travail, aux comportements sexistes ; améliorer l’efficacité commerciale, ou encore, comme nous l’avons fait chez la société Brand Alphabet, découvrir l’impact du port du masque en boutique et ses conséquences sur la relation vendeur/client.

Ces saynètes sont créées sur mesure sur base d’entretiens exploratoires menés avec des interlocuteurs ciblés. Leurs expériences sont ainsi réinjectées dans les saynètes pour un rendu précis, adapté et convaincant.

2. Débat et recherche de solution en intelligence collective

Après le jeu des saynètes, les comédiens invitent les participants à s’exprimer, d’abord sur leurs ressentis, puis sur les problèmes qu’ils ont identifiés. Les comportements des personnages sont décryptés ensuite pour comprendre les raisons de leurs actions.

Les personnages explorés sont toujours nuancés, avec leurs propres enjeux, craintes, besoins et envies. Le Théâtre Forum cherche des axes pour mieux comprendre les motivations d’une action ou d’une parole (ex : pourquoi nous agissons d’une manière et non d’une autre). Cet exercice développe l’empathie, la bienveillance et la communication.

Ce deuxième temps du Théâtre Forum est primordial puisqu’il offre aux participants un temps de parole entre pairs. Il pourront donc s’échanger leurs bonnes pratiques, parler de leur expérience et de leur vécu dans leur métier. Cet échange, animé par les comédiens, va offrir une réflexion collective autour de la problématique et amener les participants à trouver des solutions adaptées ensemble.

3. Plonger au cœur de l’action grâce à l’expérimentation

Le Théâtre Forum permet une sensibilisation par l’action. Après la recherche de solution en équipe, les participants volontaires sont invités à prendre la place de l’un des comédiens en vue d’améliorer la situation scène. Ils vont rejouer les saynètes essayant d’améliorer la situation.  Les solutions évoquées collectivement sont alors mises en pratique, permettant d’offrir des pistes.  S’en suit un dernier débrief sur le passage des collègues pour analyser ce qui a bien fonctionné, et ce qui au contraire pourrait être encore amélioré.

Cette méthode immerge les participants dans une situation à laquelle ils pourraient être confrontés. Les saynètes percutantes font ressortir les points de conflits et les désaccords de façon humoristique ou dramatique. Le burlesque des situations jouées va lui aussi amener la dédramatisation de la situation.

Les participants vont donc être interpellés et la parole va se libérer créant un moment de partage de points de vus. En se questionnant, une réflexion collective va s’imposer d’elle-même. D’abord récepteurs de ces conflits, ils vont devenir acteurs en se rassemblant et en proposant ensemble des solutions adaptées.

Cet échange les aura mis en confiance, ils pourront alors continuer à en parler après la séance et mettre en action dans leur vie les axes d’amélioration identifiés. Leur regard sera maintenant toujours teinté de l’expérience du Théâtre Forum.

Un grand merci à Brand Alphabet pour son accueil et chez qui nous avons animé un Théâtre Forum immersif sur les problématiques du port du masque dans le monde du retail et du luxe (vidéo illustrant l’article).

Octobre rose : sensibiliser au dépistage du cancer du sein avec le théâtre

Un spectacle musical pour la prévention du cancer du sein

 Depuis 1994, Octobre rose est un rendez-vous annuel. Aujourd’hui, suivi dans le monde entier, de nombreuses mobilisations s’organisent, durant ce mois, pour soutenir la lutte contre le cancer du sein, qui fait près de 500 000 décès chaque année et est la première cause de mortalité par cancer chez les femmes.

Saviez-vous qu’il est recommandé de réaliser une palpation chaque année à partir de 25 ans ?

L’Agglomération du Val d’Yerres Val de Seine, très sensibilisée et avertie sur le sujet, nous a commandé un spectacle afin de sensibiliser sa population au dépistage du cancer du sein.

Nous avons créé un spectacle musical pour l’occasion, écrit et mis en scène par Jean-Baptiste Sintès, co-fondateur de ThéâtriCité et comédien, porte le nom de « Dépisto Girl : Les origines ». Une super-héroïne. Sa mission ? Eradiquer le cancer du sein. Son pouvoir ? Le dépistage.

Trois artistes en quête contre le cancer du sein

2 comédiennes. L’une qui incarne Dépisto Girl. L’autre,  toutes ces femmes que Dépisto Girl va essayer de convaincre. Tout le long du récit, un musicien accompagne les comédiennes en ponctuant l’action de coups de guitare bien aiguisés.

Dépisto Girl va à la rencontre de trois femmes d’âges et d’expériences différentes. Elles ont la vingtaine, la quarantaine ou encore la soixantaine. Une situation différente, une santé différente. Rien ne les lie, pourtant elles vont se laisser convaincre par Dépisto Girl.

Le temps d’une scène, elles se transforment et nous montrent ce qu’est une palpation. Un médecin machiavélique. Une patiente effrayée. Des cris, des larmes, des rires. Juste une « simple petite palpation ».

Beaucoup de femmes ressentent encore un malaise à effectuer cette palpation, essentielle dans la procédure de dépistage. La caricature de cette scène provoque un rire franc chez les spectateurs·rices, et intègre dans l’esprit des habitantes, l’idée qu’une palpation est un geste simple et les étapes du dépistage en général sont accessibles à toutes et gratuitement.

Retenez qu’il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour se faire surveiller et dépister. Car chez le cancer du sein, il n’y a pas de règles ! Il peut être héréditaire, ou non, et se développer même chez quelqu’un en très bonne santé.

Un spectacle divertissant et percutant

Quoi de plus cohésif que la musique ?

Dans « Dépisto Girl : les origines », l’un des principaux procédés utilisés pour rendre le spectacle ludique, est la revisite de chansons populaires. Despacito de Luis Fonsi, Ton invitation de Louise Attaque, Besoin de personne de Véronique Sanson ou encore Résiste de France Gall… 

Leurs paroles ont été parodiées afin que les spectatrices et habitantes de l’Agglomération du Val d’Yerres Val de Seine, puissent s’y identifier, et surtout qu’elles soient sensibilisées à la prévention pour le dépistage du cancer du sein. Les textes reprennent des éléments de culture, tel que des noms de ville, le nom du centre régional de dépistage, afin de valoriser le territoire et se rapprocher du vécu des habitantes. 

Despacito – Luis Fonsi (revisite)
♪ T’es Dépisto
Dépisto Girl, t’es dans tous les journaux
Ta mission c’est de mettre le cancer KO
Mais t’as besoin d’l’aide des femmes de l’agglo

T’es Dépisto
Tu dis aux femmes d’s’faire dépister tôt
Quand on surveille, on s’rapproche du risque zéro
Faut qu’tu leur dises de faire la radio ♪
Besoin de Personne – Véronique Sanson (revisite)
♪ Oh j’ai pris rendez-vous toute seule
J’ai fait une mammographie
Tout a été facile, faciiiile

Oh j’ai pris rendez-vous toute seule
Le radiologue a vu l’anomalie
Et j’ai vite guéri, et j’ai guériiiie, ohohoh
Besoin de l’Essonne, pour se dépister,
On a toutes, besoin de l’Essonne,
Il suffit d’appeler la liste des radiologues ♪
Ton invitation – Louise Attaque (revisite)
♪ J’ai accepté tout à l’heure ton invitation
J’ai dû m’faire dépister, je pouvais pas dire non
Si j’me suis décidée, à franchir le pas,
C’est que je voulais vérifier,
Vérifier qu’y avait pas d’cas

Tu sais j’ai pas toute ma raison
Si j’m’inquiète et j’y vais pas
Tu sais j’suis pas une femme parfaite
J’fais des erreurs tout ça tout ça ♪

Résiste – France Gall (revisite)
♪ Si tu réalises que le cancer du sein
Se soigne très très bien
Si t’en parles au médecin

Dépiste ! Prouve que tu existes
Cherche la tumeur partout,
Va, palpe toi, cherche le kyste

Déspite ! Suis ton médecin qui insiste
Ces seins sont bien les tiens,
Viens, bats toi, signe et persiste ♪
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L’humour a été réellement nécessaire dans la conception de ce spectacle. A partir de 50 ans, il est conseillé aux femmes de faire une mammographie tous les deux ans, mais c’est un examen très redouté… Par ces procédés d’humour, nous voulions dédramatiser les étapes de la mammographie et la palpation.

Du partage et de l'émotion

Nous avons joué ce spectacle musical, à trois reprises (centres sociaux de Montgeron et Vigneux-sur-Seine, salle de spectacle à Quincy-sous-Sénart) devant un public parfois rieur, parfois surpris, parfois chanteur, mais surtout conquis. Le spectacle, suivi d’un débat avec un médecin, a permis un échange, un partage entre les spectateurs.rices et les comédiennes. Des anecdotes, des craintes, des expériences ont été confiées en toute bienveillance. Sans aucun doute, cette sensibilisation a connu un franc succès. Elle a permis de faire prendre conscience de l’importance du dépistage, et c’est certainement le plus important.

Pour reprendre les mots de Sophie MEIRELES-THEMLIN, cheffe de projet et coordinatrice CLAS et CLS de la communauté d’agglomération du Val d’Yerres Val de Seine, « l’objectif de ce projet est cent pour cent atteint ».

Distanciation : développons la connexion humaine pour sortir de la crise

Distanciation : développons la connexion humaine pour sortir de la crise

Suite aux annonces de confinement, les entreprises essaient à tout prix de maintenir la connexion, surtout au sens numérique du terme. Cependant, il y a une autre connexion, qui souffre des coupes budgétaires en temps de crise : la connexion humaine. Je vous propose dans cet article de comprendre comment cette connexion humaine est mise en péril par la distanciation et comment y répondre pour le dépasser et sortir de cette crise, plus soudés.

 

De la distanciation sociale à la distanciation physique

Vous vous souvenez ? Au début du premier confinement, on parlait de « distanciation sociale » à respecter entre nous pour nous protéger. Loin d’être le remède, il s’est avéré que le terme « distanciation sociale » est devenu l’un des maux de notre société : nous nous tenons à distance les uns des autres pour nous protéger. Le rapport à l’autre est perçu comme un danger potentiel, il est donc préférable que je m’éloigne.

Nous nous sommes mis à donc à préférer parler de « distanciation physique » pour ne pas inclure tous les types de relations mais seulement celles qui impliquent le contact corporel. Ainsi employer le terme « distanciation physique » à la place de « distanciation sociale » serait un moyen de ne pas trop déshumaniser la distanciation requise pour se protéger.

Cependant, ne plus parler de « distanciation sociale » n’est pas suffisant pour rendre les rapports plus humains. En faire un tabou nous éloigne du problème de fond car oui, la crise sanitaire a provoqué de la distanciation sociale, en dissipant les événements, les occasions de se réunir en famille, en amis, autour de la machine au café au bureau, quand les restaurants, les théâtres, les cinémas, les musées ferment.

Plutôt que de supprimer « distanciation sociale » de notre vocabulaire, nous devrions le mettre comme un des dangers contre lesquels il faut lutter. Ça pourrait ressembler à « Maintenir la distanciation physique. Diminuer la distanciation sociale. »

Dans une ambiance morose pleine de consignes négatives, nous avons besoin également de consignes positives pour recréer du lien entre nous et nous encourager à développer les rapports humains : inciter au contact non physique est plus que nécessaire aujourd’hui pour lutter contre la distanciation sociale.

La distanciation théâtrale : une distanciation qui crée du lien et développe l’esprit critique

Que pouvons-nous faire pour en sortir renforcés ?

La première chose est que nous pouvons ouvrir un espace de dialogue pour communiquer et échanger nos expériences, ressentis, confronter nos visions. C’est ce que nous propose de faire sous une forme originale la distanciation théâtrale.

Qu’est-ce que la distanciation théâtrale ? C’est une distanciation qui nous rapproche. Le concept a été inventé par Bertolt Brecht, dramaturge et grand homme de théâtre allemand du XXème siècle. Il désigne la rupture avec le mode narratif « classique » qui fait du spectateur le simple témoin/voyeur invisible d’une scène. La distanciation permet de casser ce qu’on appelle le « 4ème mur » pour ouvrir le dialogue direct entre spectateurs et acteurs. Le spectateur n’est plus immergé dans une histoire continue sans donner son avis, il a un rôle à jouer. 

La distanciation s’affranchit des codes réalistes : le but n’est pas de reproduire le plus fidèlement une situation mais de changer l’angle habituel de perception pour développer la conscience critique du spectateur et l’amener à réfléchir. La distanciation brechtienne est un projet politique. Elle ne vise pas seulement à distraire mais aussi à faire réfléchir, prendre conscience, repenser et réinterroger nos actions.

La distanciation théâtrale permet donc une prise de recul que nous n’avons pas dans notre vie de tous les jours, « la tête dans le guidon ». Elle permet de vaincre la peur en dédramatisant certains comportements ridicules que nous avons développés suite à cette crise et nous offre la possibilité d’en parler ensemble et d’en rire. La distanciation théâtrale rassemble car elle nous permet de voir que notre vision est partagée ou non, elle est source de débats.

La distanciation théâtrale : une distanciation qui crée du lien et développe l’esprit critique

Casser le 4ème mur, c’est-à-dire se parler, dialoguer, nous pouvons le faire à 2 mètres de distance mais aussi par visio-conférence en jouant à distance des saynètes qui représentent des situations vécues par les salariés pendant ces temps difficiles. En voyant les comédien.ne.s jouer des situations qu’ils reconnaissent, les participants dans le public s’interrogent sur ce qu’ils auraient fait à leur place et peuvent ainsi faire le bilan de leur pratique. Ils peuvent ensuite essayer de résoudre les problématiques évoquées en intervenant en visio, et en rejouant avec le comédien puis en discutant ensemble avec les autres personnes participant à la formation.

Aujourd’hui la distanciation théâtrale apparaît comme un outil pour combler le vide humain provoqué par les distanciations physique et sociale que nous vivons en temps d’épidémie. Le théâtre est une solution qui permet d’animer originalement des séminaires de fin d’année, des restitutions, des bilans ou des campagnes de sensibilisation. En recréant du dialogue par le jeu, elle remet l’humain au centre de la connexion à distance et la connexion (non numérique) au centre de nos vies.

Jean-Baptiste Sintès

Révéler les habitants d’un quartier prioritaire avec le théâtre

Après un premier succès en 2019 avec Roméo et Juliette, issu de la collaboration entre Dynacité, ThéâtriCité et le centre social Le Lavoir, nous avons renouvelé cette belle aventure en 2020.

Macbeth au temps du coronavirus

Recrutement et choix de la pièce

La première étape a consisté à recruter, avec la complicité du centre social, de nouveaux participants, locataires des résidences Dynacité du territoire d’Ambérieu-en-Bugey, certains ayant quitté la région ou ayant retrouvé un emploi.

La troupe s’est ainsi constituée progressivement avec un groupe très motivé.

Sylvie Gantner, animatrice du centre social s’est aussi investie dans la troupe à la fois en tant qu’actrice, mais aussi de chanteuse. En effet, elle avait pratiqué le chant antérieurement au niveau professionnel et ses belles qualités vocales ont pu ainsi être exploitées.

Après un moment de doute lors du choix de la pièce, nous étions partis sur Marie Tudor de Victor Hugo, mais cette pièce ne résonnait pas suffisamment chez les participants, nous avons finalement choisi de monter Macbeth de Shakespeare. Il est important de rester sur de grandes pièces du répertoire afin de valoriser les habitants des quartiers prioritaires de la ville, de les faire accéder à des textes universels en les adaptant à leur environnement.

La comédienne de ThéâtriCité, Manon Nobili, a, dans un premier temps, réécrit la pièce avec les références locales des habitants, adaptée à leur vocabulaire pour qu’ils la comprennent bien.

Confinement, adaptation et retour sur les planches !

Après plusieurs séances hebdomadaires d’octobre 2019 à février 2020, la période du confinement est tombée. Nous avons dû suspendre les ateliers pendant cette période. Certains participants nous ont dit avoir visionné sur internet plusieurs mises en scène de Macbeth pour passer le temps et que c’était une pièce assez difficile, mais ils étaient fiers d’y accéder et avaient hâte de remonter sur les planches.

Au retour du confinement, il a fallu bien sûr remotiver les troupes mais le fait de proposer un format un peu différent a permis de relancer une belle dynamique. En effet, nous avons alors décidé de faire quelques séances avant les congés d’été puis de proposer un format en mode « résidence artistique » de 3 heures par jour sur une semaine, début septembre avec une représentation à l’issue de la résidence.

Le travail sur la transposition de Macbeth avec le contexte actuel et à Ambérieu, a été, comme l’an dernier avec Roméo et Juliette) un grand moment ! 

Le lien avec la crise de la COViD a tout de suite été fait par les participants ; c’est amusant de voir comme ces grands classiques résonnent toujours autant et trouvent un écho dans l’actualité. C’est ainsi qu’est née une belle revisite de la pièce, intitulée Macbeth au temps du coronavirus

La résidence théâtrale, un challenge haut en couleur !

Lors de la résidence artistique il y avait un challenge à relever : 10 scènes à travailler en 15h. 

Jean-Baptiste Sintes, co fondateur de ThéâtriCité, est venu renforcer l’accompagnement de la résidence avec Manon Nobili et a participé à la création du spectacle, sur la mise en scène et la direction d’acteurs ainsi que sur la création musicale. La partie musicale a d’ailleurs contribué à apporter un plus à ces beaux moments. Le talent de chanteuse de Sylvie s’est exprimé dans une version décalée de la chanson “Etienne”, renommé “Macbeth » pour l’occasion.

Au total 8 personnes ont participé aux répétitions lors de la résidence. 

Martine, la locataire Dynacité qui devait initialement incarner Lady Macbeth a dû quitter la résidence au bout de 2 jours pour raisons familiales. Le rôle a été repris au pied levé par Karim, qui a pris beaucoup de plaisir à l’interpréter comme il nous l’a dit avec ses mots : “dans jouer au théâtre, il y a le mot jouer, et j’aime jouer”.

Mohamed et Philippe qui avaient déjà joué dans Romeo et Juliette l’an dernier étaient aussi présents et attendent avec impatience la prochaine saison.

Sabine, qui avait réalisé les costumes et joué l’an dernier était une fois encore au rendez-vous pour la confection ; elle n’a cependant pas pu jouer pour raisons de santé. Christiane, qui a rejoint la troupe cette année et incarné avec brio le rôle de Macbeth nous a apporté son témoignage émouvant : “avant, je ne pensais pas faire du théâtre. Le premier pas est dur à faire, mais une fois qu’on y est, on n’en sort plus”.

Un bilan émouvant

Comme l’année dernière, c’était une expérience incroyable : au début, c’est difficile, on se dit que ce qui compte c’est l’expérience et non le résultat, et d’un coup, la magie opère. 

Les progrès faits par les uns et les autres sont toujours impressionnants. Lors des dernières répétitions 15 jours avant la représentation, ils se souvenaient encore bien des acquis de la semaine de résidence. 

Ils s’écoutaient beaucoup plus sur le plateau, géraient beaucoup mieux leur prise de parole et ont pris conscience de leur corps dans l’espace.  

La représentation, le 2 octobre 2020, au centre social, fut l’apothéose. Les spectateurs étaient au rendez-vous (dans le respect des règles sanitaires et des gestes barrières). La transposition au temps du COVID de la pièce a permis de jouer avec les masques, les visières qui ont été customisées et transformées en couronnes etc…

Chaque personnage a pris en intensité. Un Macbeth unique a ainsi été interprété ce jour-là, car créé avec eux, transposé dans leur univers et complètement décalé. 

Au final, cette innovation sociale a permis de :

Risques psycho-sociaux, la bombe à retardement

Un changement drastique aux lourdes
conséquences professionnelles

Suite au confinement et à la crise sanitaire, on entend beaucoup parler de la crise économique qui nous attend. Mais la crise s’étend au-delà : en modifiant la forme de nos relations sociales, elle remet en question notre rôle dans la société et les interactions qui en découlent.

 À mon sens, nous devrions nous concentrer davantage sur les risques psycho-sociaux (RPS) tout aussi dévastateurs pour la santé des salariés et des entreprises. Je vous propose d’analyser comment l’expérience, le senti et le ressenti des salariés peuvent nous éclairer sur le sujet. 

D’une part, la crise sanitaire nous a profondément affectés dans notre vie professionnelle. Du quasi jour au lendemain, certains ont vu leur charge de travail considérablement augmenter quand d’autres l’ont vu dégringoler voire s’arrêter ; et parfois au sein de la même entreprise, du même service, générant tensions et rivalités.

Les préjugés existants avant la crise ont tendance à se renforcer : « Pourquoi dois-je faire tous ces efforts alors que les autres en font beaucoup moins ? ». Le fait de moins voir ses collègues à cause du confinement a nourri l’imagination vis-à-vis du travail des autres. L’absence du spectacle du travail des autres a pu ainsi susciter un sentiment de supériorité ou d’infériorité fantasmé.

Quant à ceux dont l’activité a diminué ou cessé, le risque de dépression plane : « Quelle est mon utilité si mon travail est dispensable en tant de crise ? », « Est-ce que je sers à quelque chose ? ». Au-delà de la perte de motivation, ces situations peuvent être lourdes de conséquences au moment de la reprise.

Outre l’intensité, les modalités du travail ont profondément changé et de façon ultra-rapide : mesures barrières, distances à respecter, équipement, télétravail ont dû être adoptés en un temps record – ce qui, en temps normal, ferait sauter au plafond un consultant en conduite du changement. S’il existe des salariés qui se sont bien adaptés à ces changements, d’autres ont eu du mal à les réaliser, générant stress et perte de confiance en soi.

Des conséquences personnelles dont peuvent
pâtir les entreprises indirectement

Porosité de la vie pro et perso

D’autre part, la crise sanitaire a bouleversé notre vie personnelle et ces changements se répercutent aussitôt sur la sphère professionnelle. On savait déjà que la porosité entre vie pro et vie perso était de plus en plus forte. Avec la crise du coronavirus, cette porosité a franchi un nouveau cap. 

En première ligne : la gestion des enfants. Les familles ont été confrontées à une situation inédite : pas d’autre choix que de rester chez soi, tous confinés au même endroit, pendant 2 mois, avec des logements parfois trop petits pour assurer de bonnes conditions de travail. « L’école à la maison » est apparue comme un second métier à assurer, déstabilisant pour certains et facteur de stress. Les parents en télétravail ont dû jongler entre des casquettes qui jadis étaient séparées par deux lieux différents provoquant des troubles inéluctables sur la concentration.

Ensuite, l’isolement des personnes seules. Le fait de ne pas pouvoir toucher / communiquer de visu avec les personnes pendant toute la durée du confinement a laissé des marques pour les salariés : irritabilité, sentiment d’exclusion, auto-dévalorisation sont des exemples de conséquences qui peuvent impacter les relations entre collègues par ricochet.

Le climat de peur alimenté par la crise sanitaire pousse à la méfiance. Inconsciemment, nous sommes devenus des menaces les uns pour les autres, ce qui peut détériorer la qualité de vie au travail. 

 

Détérioration des rapports humains

Avec le confinement, nous avons été contraints à rester chez nous. Les salariés en ont donc profité pour se concentrer sur eux, leur réseau proche et ce qui est essentiel à leurs yeux. Mais en voulant aller à l’essentiel, certains en ont oublié la politesse (posture peu attentive en visio-conférence, parler de façon très directe voire rude). 

La priorisation de « l’utile » a mis de côté des efforts qu’on faisait auparavant avec les autres pour garantir une bonne entente entre collègues. Ces efforts apparaissent à tort superficiels alors qu’ils sont garants de respect et de reconnaissance nécessaires pour le travail. 

Les interfaces numériques ont parfois mis de la distance et ne permettent pas toujours de se voir à l’écran à cause du nombre de connexions simultanées. Aussi certains salariés préfèrent couper la caméra (voire le micro) au moment de la réunion, ce qui occulte les réactions non verbales de son interlocuteur et peut donner l’impression de s’adresser dans le vide.

L’incertitude aux manettes

Depuis le déconfinement, de nouvelles incertitudes sont apparues et continuent à déstabiliser nos habitudes collectives. 

Retour en entreprise : l'importance de l'intelligence collective

Certains salariés sont même plus angoissés à l’idée du déconfinement que du confinement, voyant se multiplier les occasions de transmission du virus. Néanmoins, c’est surtout la question de la confiance qui se pose avec le déconfinement et qui risque de jouer un tour aux entreprises si elles n’anticipent pas les RPS induits. Comment puis-je savoir si les autres ont la même façon de voir les choses que moi dans l’application des mesures sanitaires ? Ce point est une source de tension qui pourrait enrayer la collaboration des équipes. 

En effet, la crise sanitaire impose de redéfinir tout : l’espace, les relations, l’emploi du temps, etc.

Bien que les entreprises mettent en place des aménagements, il reste toujours une zone de flou, à l’appréciation de chacun. Si nous sommes deux salariés debout, comment savoir que je respecte bien (partout, tout le temps) les distances barrières avec mes collègues ? Et si nous ne sommes pas d’accord, allons-nous à chaque fois sortir le mètre pour mesurer et trancher ? Impossible. C’est à l’appréciation de chacun et de tous en même temps. Dépasser ces contraintes est un vrai challenge pour les entreprises mais aussi l’occasion de travailler et développer l’intelligence collective. Les salariés doivent être incités à trouver des terrains d’entente sur l’application des règles et raisonner en terme collectif plutôt qu’individuel pour optimiser le fonctionnement du travail.  

Valoriser l'écoute et se réinventer

Il faut inventer un nouveau langage relationnel, adopter de nouveaux codes, considérés par beaucoup comme « plus froids » : plus aucun contact physique, salutations à distance, méfiance quand un collègue a touché une souris, une table, une poignée ou un stylo. La situation appelle à une hypervigilance qui peut être ressenti comme un « flicage » qui sape la confiance.

Certains salariés se sentent perdus parce qu’ils ont perdu leurs repères sur des actions élémentaires. Ils doivent réinventer la façon de les réaliser en prenant en compte les règles sanitaires : se dire bonjour, marcher au bureau, prendre l’ascenseur, aller à la cantine. Le fait de ne pas savoir est source d’angoisse et de peur.

Une autre question traumatisante pour les équipes est celle de la « dénonciation ». Quand on voit son collègue ou son supérieur ne pas respecter les distances ou les règles régulièrement et les minimiser comment faire ? Comment avertir ? Quelles preuves peut-on fournir ?

Il s’agit d’une situation qu’on retrouve dans les mécanismes de la loi du silence (« Si j’en parle à ma direction, je serais considéré comme le « relou de service », je vais détériorer la relation avec mon collègue et mes collègues n’auront plus confiance en moi…).

Il est indispensable aujourd’hui de mettre en place des dispositifs d’écoute et d’accompagnement qui luttent contre cette logique et incitent les salariés à s’exprimer quand il y a un risque.

La crise sanitaire risque ainsi d’accroître le malaise et les RPS pour les équipes fragiles où la méfiance règne. Au contraire, ceux qui auront su se saisir du moment pour renforcer l’empathie et la compréhension mutuelle en sortiront grandis.

Et vous que pensez-vous des RPS induits par la crise et la façon de les résoudre ? 

Animer des ateliers de théâtre à distance, c’est possible !

Avant la crise du coronavirus : des ateliers en présentiel

Tous les jeudis soir, de 19h30 à 21h30, notre comédienne Manon Nobili anime un atelier de théâtre pour les particuliers. Cette année, le sujet de réflexion est la place des femmes dans la société. Les 15 participant.e.s ont découvert les auteurs et autrices Ibsen, Brecht, Kelly, Liddel et Gombrowicz, mettant à l’honneur des femmes fortes, d’actions et de choix, et qui refusent le chemin qu’on leur a tracé.

Après avoir recontextualisé chaque œuvre et chaque auteur, puis fait la lecture des scènes sélectionnées par Manon, les participant.es ont choisi le ou les personnages qui l’intéressaient. L’objectif : produire un spectacle composé d’un patchwork des scènes, qui, misent bout à bout, construisent une nouvelle histoire.
En plus de leurs rôles d’acteurs et d’actrices, chaque participant.e fait partie d’un groupe de travail pour préparer la représentation finale : costume, lumière, son, mise en scène, etc.
Ces ateliers avaient lieu à La Maison de l’Ecologie à Lyon. Mais, comme tous et toutes, impactés par la crise sanitaire, nous avons dû mettre un terme à notre rendez-vous hebdomadaire. Du moins, en présentiel.

Le distanciel, une belle opportunité !

Avant le confinement, nous étions en pleine création de spectacle. Les rôles étaient répartis entre chaque participant.e.s et on travaillait sur la création du spectacle en matière de scénographie, musique, mise en scène, son et costumes. En revanche, il restait encore un grand travail d’interprétation.

Manon Nobili, comédienne

Il n’était pas question pour le théâtre de se laisser abattre par cette période contraignante. Manon a donc retravaillé son cours pour l’adapter à du distanciel. Chaque semaine, le rendez-vous était le même, mais le cadre a quelque peu changé, pour le mieux ! 

Finalement, la visio donne un aspect beaucoup plus « friendly » : le temps passe différemment qu'en présentiel, où c’est toujours la course. On prend plus le temps de rire, de se raconter les nouvelles. Je leur laisse une certaine liberté : caméra ou non, certains prennent un verre, d’autres mangent. On s'autorise plus de détente !

Lors de chaque session, Manon fait passer les scènes une à une, composées principalement de monologues, fait ses retours, puis aux autres participant.es de compléter si besoin. 

«La méthodologie de travail ne change presque pas. Je procède de la même manière que dans mes cours en présentiel, avec tout de même une focalisation sur le jeu et le sens, et non sur la mise en scène. Le temps en plus permet aussi aux participant.es de se concentrer sur leur groupe de travail et d’avancer sur la construction du spectacle en parallèle. »

animer des ateliers de théâtre à distance c'est possible et ca marche théâtricité anime des ateliers pour accompagner les entreprises à l'après crise sanitaire du coronavirus covid 19 pour prévenir les RPS risques psychosociaux au travail atelier à la maison de l'écologie de lyon

Une représentation prévue en septembre

Pour conclure l’année, 5 jours de répétition en présentiel sont prévus avec 2h de cours quotidiens pour travailler la mise en scène, en vue de l’ultime représentation prévue le vendredi 18 septembre à La Maison de l’écologie, à Lyon, si les annonces gouvernementales le permettent.

Et si les mesures sanitaires devenaient nos partenaires de jeu ?

Qui a dit que les mesures sanitaires devaient être seulement des contraintes ? Je crois qu’il est possible de changer de regard sur ces mesures, aujourd’hui indispensables dans la lutte contre la COVID-19.  

Se défaire du sentiment d'obligation

Le caractère obligatoire des mesures sanitaires nous perturbe : puisqu’elles nous sont imposées, nous ressentons l’étrange impression qu’elles vont être lourdes, pénibles et compliquées. Cette sensation donne aux mesures sanitaires une connotation négative. Elle rappelle les temps de l’enfance où nous devions suivre les protocoles d’hygiène « pour notre bien ». 

Je m’arrête un instant sur une contradiction fondamentale : « pour notre bien », qui, malgré ses bonnes intentionsne fonctionne pas efficacement comme méthode de conviction. Pourquoi nous sentons-nous éloignés d’une intention si louable ? Notamment parce que les êtres humains réagissent beaucoup plus volontiers à court terme qu’à long terme. Un bonheur hypothétique accessible à long termesi tout le monde respecte les règles, peine à résister face au désir immédiat d’enlever son masque par temps de chaleur 

Jouer sur le cadrage

Notre trajectoire peut être vue comme un chemin sur lequel nous rencontrons un ou plusieurs obstacles. Nous pensons que nous n’avons qu’un seul choix pour avancer : contourner l’obstacle, « faire avec ». Or, il est possible de se servir de l’obstacle comme d’un tremplin qui nous guiderait vers un chemin moins linéaire et plus créatif.

Il faut alors changer le « cadrage ». Changer cette perception rébarbative que nous avons des mesures sécuritaires en une vision qui attire notre attention. 

L’effet de « cadrage », selon les théories de psychologie sociale, est un biais cognitif qui montre à quel point nos comportements et nos décisions dépendent de la façon dont les consignes sont formulées (le cadre). L’effet de cadrage a été analysé pour optimiser les campagnes de prévention1 (sensibilisation sur la sécurité routière par exemple) et montre que notre cerveau réagit plus fortement quand : 

Pour rendre le respect des mesures sanitaires plus stimulant, une des techniques est de repenser le cadre de transmission du message. Sortir de cette logique purement informative réglementaire peut faire naitre de nouvelles idées créatives qui dépassent la contrainte en se l’appropriant. 

Faire jaillir la créativité

Des initiatives ont essaimé pendant cette période pour rendre les mesures sanitaires plus créatives. Par exemple, le Tissu Solidaire propose aux individus et aux entreprises des masques au design original tout en soutenant la réinsertion. Le masque devient alors aussi un objet personnel renforçant son identité et son style mais également porteur de valeurs (par exemple la valeur d’engagement social).  

Parmi les initiatives originales, le théâtre est un excellent outil de créativité puisqu’il permet de jouer sur les deux tableaux que nous avons identifiés précédemment :  

Sensibiliser au danger grâce au théâtre

Pour sensibiliser efficacement aux mesures sanitaires, on peut représenter le danger sur scène. Depuis l’Antiquité, le théâtre permet de purger les passions des spectateurs. En représentant des actions sur scène, les spectateurs ont l’impression de les vivreC’est ce qu’on appelle la catharsis. L’effet cathartique du théâtre permet donc d’expérimenter des conséquences tragiques sans à avoir à les vivre « pour de vrai ».   

Appliqué à la crise sanitaire, des saynètes peuvent mettre en scène le nonrespect des mesures sanitaires et les effets désastreux que cela engendre pour l’individu et ses collègues. Des effets dont il n’aurait pas réfléchi auparavant et qui seront d’autant plus forts qu’ils seront restitués sous la forme d’images fortes vivantes devant ses yeux. 

Le théâtre comme pédagogie mimétique : montrer plutôt expliquer

Nous l’avons dit précédemment, l’explication est laborieuse et nous renvoie inconsciemment à notre passé d’enfant jalonné de multiples règles à respecter. Pour s’en défaire, il faut capitaliser sur la puissance de l’image vivante.  

Le théâtre permet une distanciation impossible dans la vie de tous les jours : les acteurs jouent des personnages qui ne sont pas nous et qui pourtant nous ressemblent étrangement. En étant témoin de comportements familiers mais qui ne lui sont pas directement imputables, le spectateur peut rire de l’absurdité de certaines situations dans lesquelles il se reconnaît. Par le truchement d’une confrontation distanciée (c’est l’acteur qui s’engage), le spectateur est invité à une réflexion plus poussée que la simple lecture de consignes de sécurité. Il lui offre un nouveau cadre qui lui permet de se remettre en question de façon subtile.

Enfin, le théâtre est à considérer comme une source de créativité positive en regardant avec humour la contrainte : garder une certaine distance physique permet de se faire de grands gestes et ainsi de communiquer davantage avec les mains, mettre du gel hydroalcoolique peut être une façon moderne de se masser les mains, se dire bonjour à distance peut devenir un moyen de réinventer de nouveaux « checks » à distance pour se saluer de façon originale.  

Montrer, via la représentation théâtrale, un individu qui s’émancipe de la contrainte est plus efficace que de dire simplement « c’est possible ». 

Plus qu’une contrainte, mettre un masque peut être une occasion de se prendre pour un héros masqué, et peut-être à force d’y croire, d’en devenir un pour de vrai

 

Le théâtre au service de l’insertion professionnelle

Nos interventions dans deux Foyers Jeunes Travailleurs Parisiens

Cette année scolaire 2019-2020, nous avons animé des ateliers dans deux Foyers Jeunes Travailleurs (FJT) : Emmaüs-Habitat Beaucour Permanence Accueil, et Chaillot-Galliéra, à Paris.

Nos objectifs en intervenant dans ces deux FJT étaient, d’une part, de favoriser un accès à la culture en travaillant des textes d’auteurs, et d’autre part, de mettre à profit les techniques professionnelles du théâtre à des fins de (ré)insertion professionnelle. Le théâtre était une grande première pour ces jeunes, tous agés entre 18 et 26 ans.

Foyer Beaucour Permanence Accueil

Nous avons commencé l’année en travaillant sur des exercices permettant d’améliorer la confiance en soi et de créer une énergie de groupe. Puis, nous avons fait des exercices d’improvisation sur des thèmes qui leur tenaient à cœur, comme celui des femmes dans le monde du travail. Ces thèmes ont été appuyés de textes d’auteurs contemporains, qui abordent les problématiques du travail et de l’argent, tels que Falk Richter.

Intervention FJT Beaucour atelier théâtre insertion professionnelle improvisation monde du travail

Les monologues axés sur le thème de la jeunesse, du travail et de l’argent ont été filmés par un vidéaste professionnel. Les participants ont donc pu garder une trace indélébile de leur travail. La traversée de leur monologue leur a  permis d’appréhender d’une manière plus sereine leur prise de parole en public, posture et partage de l’espace, qui sont des savoirs et savoirs-être indispensables dans le monde du travail.

Foyer Beaucour Permanence Accueil

Avec les jeunes filles du FJT Chaillot-Galliéra, l’exercice était tout autre. A travers des entretiens individuels et des exercices d’improvisation nous avons abordé les thèmes de la charge mentale, du travail, de l’argent, de la famille et de la sexualité.

Sur la base de ces témoignages, notre comédienne Manon Nobili a écrit une courte pièce sur la place des jeunes femmes dans la société.

Ensuite, les jeunes femmes se sont appropriées ce texte, et ont foulé les planches d’une salle de spectacle à Paris (Espace Beaujon dans le 8ème arrondissement), le 12 Février 2020, pour la première fois de leur vie.

Une expérience unique et mémorable

Création de pièce sur base de témoignage jeune femme FJT Chaillot-Galliéra pour insertion professionnelle

La représentation était ouverte au public. Ce fût une expérience magique : les participantes ont été très fières d’elles et de leur travail. Ainsi, le théâtre a permis de les réunir, d’être ensemble et d’exprimer leurs émotions.

Le théâtre unit, et devient un lieu de partage, grâce à l’échange entre tous les intervenants.

Cette collaboration théâtrale avec les FJT et la représentation furent un succès à tous les niveaux. C’est pourquoi les participantes n’oublieront jamais cette expérience ! En effet, cela leur a permis d’acquérir certaines clés, comme la confiance en soi et l’aisance à l’oral, outils indispensables pour leur future insertion professionnelle.

Extrait de la pièce : « à quoi rêvent les jeunes femmes » jouée le 12 Février 2020 à l’Espace Beaujon (Paris 8ème) :

J’aurais voulu pouvoir voyager dans le monde entier parce que je pense que c’est bien de découvrir de nouvelles cultures.
J’aurais voulu être accompagnée de quelqu’un qui partage la même passion.
J’aurais voulu pouvoir parler des différentes langues
J’aurais voulu ne pas me juger
J’aurais voulu ne pas être jugée
J’aurais voulu que les études n’existent pas J’aurais voulu être pilote de ligne pour pouvoir voyager dans le monde
J’aurais voulu faire plaisir aux gens
J’aurais voulu faire ressentir des émotions par l’art
J’aurais voulu
J’aurais voulu
J’aurais voulu 

Le théâtre : un outil d’expérience humaine forte, d’engagement et de solidarité

Découvrez la théâtricité !

La ThéâtriCité, c’est l’énergie sociale du théâtre que nous allons éveiller chez les acteurs et les spectateurs. 

Le théâtre a dans son ADN le partage : il est construit par des acteurs pour des spectateurs, les deux étant indispensables pour vivre une expérience forte. Une troupe d’apprentis-acteurs qui travaille régulièrement ensemble en vue d’un spectacle se soude au fur et à mesure des répétitions, ce qui crée un lien émotionnel fort et un engagement certain au sein du groupe. 

Pendant les répétitions, les apprentis-acteurs apprennent à avoir confiance en eux, à être droits, fiers de leur parole, ne plus avoir peur du regard des autres, mais aussi à être à l’écoute, de savoir improviser quand il y a un « bug » ou un trou de texte. Le théâtre développe ainsi la solidarité. 

L’intensité la plus forte se situe au niveau de la représentation qui est le moment-clé où les apprentis-acteurs sont fiers de présenter leur spectacle auprès d’un public. La représentation est un objectif fédérateur qui engagent les apprentis acteurs à tout donner pour offrir un moment de bonheur à ceux qui y assisteront.

Le théâtre : un outil d’exploration et de régulation des émotions

Expérimenter et partager par le théâtre

Un des grands atouts du théâtre est qu’il permet de se plonger dans une fiction qui fait vivre à ses participants le réel par procuration. 

Les mises en situation de faits réels (l’expérience d’un usager avec un conducteur dans un bus par exemple) permettent de se rendre compte des problèmes en les (re)vivant, en en parlant ensemble grâce à un support vivant et concret. 

La confrontation avec le réel par l’intermédiaire du théâtre fait comprendre aux spectateurs qu’ils ne sont pas les seuls à vivre certains problèmes. Ils se reconnaissent dans les situations théâtralisées mais avec un recul qu’ils n’ont jamais dans «la vraie vie», quand ils sont dans le feu de l’action. 

En vivant des situations théâtralisées, les salariés peuvent constater que les réactions, sentiments, sensations, pulsions qu’ils peuvent ressentir, sont normales et sont ressenties par leurs collègues. 

Enfin, par l’improvisation, le théâtre permet d’inventer des solutions « en direct »par rapport à une  situation donnée et ensuite pouvoir tester et débattre de l’efficacité de ce que propose chacun.

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