Un nouvel article du co-fondateur de ThéâtriCité ! Jean-Baptiste Sintès

8h30 du matin, vous êtes dans le métro, et comme d’habitude vous apercevez ces mêmes têtes courbées, recroquevillées sur leur smartphone, se prêtant à diverses activités : jeux, lectures, textos, vidéos… Chacun dans sa bulle. C’est comme s’ils avaient trouvé un refuge au regard des autres. En effet, avec la transition numérique, nos communications passent aujourd’hui beaucoup plus par nos outils mobiles que par les interactions physiques. C’est certes très pratique mais incomplet. 

Physiquement, il se véhicule des émotions et des sensations qui sont difficilement communicables par messages interposés. Pour bien se comprendre, il n’y a pas que le contenu du message qui compte : odeur, espace physique, chaleur, couleurs, ce qu’on appelle de la « tension dans l’air » ou au contraire une « ambiance décontractée » sont rarement transcrits dans les échanges à distance. La tendance au télétravail ne fait qu’accentuer ce phénomène. Et génère des points de vue qui proviennent d’une multitude de « lieux » différents donc « décontextualisés » de leur environnement de travail. Sans parler de ce collègue du 2ème étage (vous êtes au 5ème), avec qui vous travaillez souvent mais que vous croisez de temps en temps à la pause déjeuner ou 2 fois par an pour le séminaire annuel et le Noël de l’entreprise. Comment alors entrer en empathie les uns avec les autres ? 

Rivés sur nos écrans, nous envoyons des smileys à nos interlocuteurs en conservant un visage de marbre. Aurions-nous troqué nos émotions véritables contre des pixels pour mieux faire passer la pilule ? Exemple : « Je n’ai pas eu le temps de faire cette mission, peux-tu prendre le relai ? 🙂 ». Le smiley est perçu comme un remède magique. Cependant, il n’efface pas les frustrations et les tensions qui s’accumulent. On ne se comprend pas parce qu’on a cru communiquer « gentiment ». Cela ne suffit pas.

Une des solutions est de faire groupe en se retrouvant lors d’événements privilégiés où les individus se connectent physiquement. Les ateliers théâtre en entreprise font partie de ces lieux de partage, de rencontres et d’expression des émotions, et tout cela : sans risque. Ils font exister un prétexte : une histoire, une situation, un rôle, à travers lesquels les salariés peuvent exprimer/ressentir les vérités. On met un masque de théâtre pour faire tomber le masque social que l’on a l’habitude de porter. Et on se découvre. Lors des ateliers théâtre, on se rapproche, on comprend qu’au fond nous sommes pareils, que l’on peut partager le même humour, et même créer ensemble. Le regard change car nous avons levé la tête. Un sourire sincère aura toujours plus d’effet que deux points et une parenthèse qui se referme.